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WAWA CONSPI - The Savoisien

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Announcement

#1 25-06-2011 14:41:45

Sycophante
Guest

Paraz Albert - Une fille du tonnerre

UN LIVRE POUR L'ETE
Plutôt que d'acheter la dernière daube à la mode

Paraz Albert
Une fille du tonnerre I et II
http://www.histoireebook.com/index.php? … raz-Albert
http://www.balderexlibris.com/index.php … raz-Albert

Préface au livre de Paul Rassinier : « Le mensonge d’Ulysse » (octobre 1950) (150.93 KB). Grand Prix de la Cour d’Appel, d’une valeur de 900.000 francs et huit jours de prison.
http://www.histoireebook.com/index.php? … -Rassinier

___________________

Paraz le prophète :
(...)Mais si vous avez été habitué. Ça couve depuis cent ans en Europe. Dans l'Empire des Tsars d'abord.
Et ça continue à déferler. Demain on viendra vous dire : monsieur Vernier, c'est bien vous le numéro 643.244 B A.
— Mais oui, inspecteur. — Vous êtes désigné pour vous faire daufer par un gorille à l'occasion de la fête des grands-pères
— Parfait, inspecteur, est-ce qu'il y a quelque chose à payer ? Voilà ce qui vous pend au train.(...)]

_______________
"— Dis, ça n’existe pas. Y a jamais eu de femmes pour battre les déportées dans les camps. C’est une invention de la Bibici ?
— Oui, mais les Américains l’ont cru. Comme ils ont la folie de rafler les spécialistes, ils se sont dit : il nous les faut. Quand on cherche avec du dollar au bout des doigts, on trouve.
— C’est comme la chambre à gaz qu’on fait visiter à Dachau, qui a été construite d’après les indications de la Radio de Londres ...
— Touche pas à ça. Lévy, tu vas passer pour un ennemi des lumières. On ne pourra savoir la vérité historique que quand il ne restera plus aucun survivant."
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C__etait_une_fille_du_tonnerre.jpg

C'était une fille du tonnerre !!!...

aparaz.jpg

Albert Paraz est né en 1899 à Constantine (Algérie) et est mort à Vence en 1957. IL séduit par son œuvre aux multiples facette ou déconcerte mais ne laisse jamais indifférent. Il a rencontré Alphonse Boudard (Boudon) dans un sanatorium et lui a mis le pied à l’étrier pour l ‘écriture.
Albert Paraz a disparu depuis plus d’un demi-siècle. L’homme s’est beaucoup raconté dans ses livres de lui-même ou par personnages interposés « à partir de tout cela il devient possible de se faire une idée de l’homme et de suivre le cheminement de l’écrivain ». L’œuvre d’Albert Paraz est multiforme.
Des réactions très favorables furent émises lors de la parution de « Bitru ».Mais lorsqu’il prit partie pour Céline alors les réactions devinrent inexistantes ou hostiles. Même lorsqu’il obtint le Prix Marcellin Cazes pour « Le Roi Nu » (1935).
Paraz est né à Constantine (en Algérie) en 1899 d’un père Maréchal des logis de gendarmerie originaire de Savoie. Sa famille fréquente la famille Juin dont un fils deviendra Maréchal de France, les relations dureront au-delà des relations professionnelles. A la retraite du père, la famille s’installe à Neuilly-sur-Seine. La mère Marie Paraz vécut centenaire elle ne mourut qu’en 1964, elle fut toujours pour Albert un soutien sans faille « Maman vient trois fois par semaine, ce qui me repose (…) elle beaucoup plus de mémoire que moi et me rappelle nos aventures (...) Ce qui vit en elle c’est le temps de son enfance ». Elève au Collège municipal de Chaptal il y sera brillant, il entre en pleine guerre à l’école de physique et chimie de Paris, il en sortira avec un diplôme d’ingénieur. IL publie « Le couteau de Jeannot » dans lequel il croque Paul Langevin. Grand, les traits avenants, sportif, musicien mais timide « Moi, je n’ai guère eu la tentation de fréquenter des lieux de plaisir (…) sans même y avoir mis les pieds, j’ai deviné quel vide pour l’âme c’était. » Il rencontre la pulpeuse Yvonne Martin - qui plus tard posera pour Man Ray - mais la belle fuit en Allemagne. Paraz entre à la Société Française de Radio et accepte quelques missions en Belgique et .. en Allemagne (où il retrouve Yvonne). Atteint de tuberculose mais couvert de femmes il fréquente Montparnasse et côtoie Antonin Arthaud, Georges Ribemont-Dessaigne et Gurdjieff... En 1934 Denoël publie « Bitru ou les vertus capitales » puis en 1935 « Le Roi Tout nu ». Il s’intéresse aux traductions mais est enrôlé dans la réserve à la déclaration de guerre. Sur Radio Nice il anime avec André Peyre de Mandiargues : « Les dialogues du Professeur Polycarpe ». En 1945 il publie « Le Lac des Songes » à partir de souvenir de Beni-Ounif et personnels dans lequel les femmes et la sensualité occupent une grande place. Il rencontre à cette époque Blaise Cendrars, Paul Reboux puis Pierre Mac Orlan qui lui adresse un message de sympathie. Il fait paraître « Le poète écartelé » et prépare comme scénariste une adaptation cinématographique de « Bitru » qui ne sera produit qu’après la guerre sous le titre de « L’Arche de Noé » par Henri Jacques. En 1941 Il reçoit une lettre de Céline dans laquelle celui-ci lui demande son aide. Collaborant à plusieurs revues il rencontre André Thérive, Pierre Antoine Cousteau, Pierre Dominique, et Robert Poulet. Lorsque Carmen Tessier traite - dans une chronique de France Soir - Céline « d’antisémite professionnel ». Dans ses journaux il déchire à belles dents Claudel, Mauriac, Sartre et Duhamel célébrant Jean Witold et Denise Centore. Au sanatorium, il a connu un certain Boudon (Alphonse Boudard) et lui met le pied à l’étrier. Toujours dans ces chroniques, il n’oublie pas Céline – aujourd’hui on reconnaît ses qualités - sans oublier que dans les années 1995 Tardy le grand dessinateur de B.D. fit paraître un texte de Céline et dessins de Tardy « Le voyage au bout de la nuit » » dans une édition très luxueuse et très coûteuse (On lira aussi dans le même ordre d’idées « Le Danemark a-t-il sauvé Céline ? » paru chez Plon en 1975 d’Helga Petersen, juriste. Paraz est un infatigable travailleur, en Mai 1953 paraît « L’Adorable Métisse » qui lui vaudra l’amitié de Joséphine Baker mais il écrit aussi pour le théâtre « j’ai toujours une pièce chez Hebertot (...) Arletty voudrait la jouer. Et ça traîne » En Novembre paraît « Sainte Marie de la forêt » il caricature Claudel et Schweitzer et en Juin 1955 « Villa Grand Siècle » sur les turpitudes de la IVe République. Mais sa vie, ses frasques l’ont usé et lorsqu’il est transporté à l’hôpital Pasteur de Nice pour y être opéré Michel Simon, Henry Miller, Jean Dubuffet et Arletty se rendront à son chevet.
Jacques Aboucaya très affectueux avec Paraz et c’est toute logique. Il a marqué la vie littéraire, artistique et radiophonique du début de siècle. Malheureusement tous ses livres sont épuisés. Il doit s’en trouver cachés dans quelque grenier ou chez les bouquinistes. Il est salutaire de lire les propos d’un homme libre et cultivé.

PARAZ LE REBELLE - JACQUES ABOUCAYA - 227 P-8 P. de photographies - Ed. L’AGE D’HOMME — 21 Euro

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Pour tous ceux qui veulent suivre ce grand roman d'action écrit par l'illustre Albert Paraz, il va falloir utiliser la langue du Maître : l'Argot.
Aussi nous avons pensé (si, si cela nous arrive) qu'un petit lexique à l'usage des fielleux incultes seraient fort utiles pour la bonne compréhension du sujet.

POUR LES ÉTRANGERS, LES PROVINCIAUX ET LES DEMOISELLES

J’ai seulement mis par ordre alphabétique les mots de ce livre qui ne sont pas dans le dictionnaire.
Pourquoi mes personnages parlent-ils argot ?
Allez le leur demander. Peut-être parce qu’ils ne travaillent pas dans les ambassades. Ne croyez pas que je leur laisse dire n’importe quoi. Toutes les fois qu’il existe un mot français équivalent, je le ré­tablis.
Les plus grands prosateurs ont parlé argot Rabelais, Molière (paysan), Mme de Sévigné, Chateaubriand, Stendhal, Hugo, Proust qui s’en délectait, huit pages pour « casser le pot ». Saint-Simon emploie à chaque page un mot qui n’est pas dans Furetière. Qu’est-ce sinon de l’argot. N’a-t-il pas, le premier parlé de « publicité » à propos du portrait du Rancé par Rigaud ?
L’argot a des racines aussi vieilles que le français ou les patois. Bite vient du sans­crit Bitham, goder vient de gaudeo, godemiché de gaude mihi, fais-moi plaisir.
Les dictionnaires d’argot sont pauvres, hélas, et tristes. L’argot se forge dans les chiourmes. Aujourd’hui, plus d’un million de Français l’ont parlé dans les prisons et l’ont appris à leurs femmes, l’audience s’est élargie de Paris à toute la province.
J’ai été frappé du manque de jolis synonymes pour le mot jambe, à part fuseau. Les autres sont ridicules : fumerons, pinceaux, quenelles. J’ai cherché à donner vie au beau mot de soléaires, ces muscles du mollet qui jaillissent comme un faisceau. On pense à solaire. Si j’y réussissais !...
L’argot ne s’apprend jamais dans les livres. Il faut l’avoir entendu. C’est pourquoi, sauf exception, une femme doit s’abstenir de le parler. Une étrangère, encore plus.
En revanche, c’est tout le contraire pour les dialectes. Les grands-mères ne doivent jamais oublier les beaux provincialismes qu’elles ont appris étant enfant.

[Extrait :
MARTANELLI regarda sa montre. Ça faisait vingt minutes qu'il interrogeait Lola avec une patience méthodique. Elle était assise, ses fins genoux joints et les pieds parallèles, pas assez tranquille pour oser croiser les jambes et provoquer ouvertement.
Elle ne répondait rien et rigolait, Martanelli voulait savoir l'adresse d'un nommé Jimmy, qu'elle connaissait, Ayant vu l'heure, il s'impatienta, sa voix se fit plus rapide : « Ah ! Tu vas parler, hein ! »
— Vous ne pouvez rien me faire, dit Lola.
— Et une bâfe dans la gueule, est-ce que je peux ?
Elle leva les yeux ; il frappa d'un coup-éclair, comme un pion. Ça me rappela le père Castellan, à l'école communale de Puteaux, quand il nous préparait au certif ; il avait les mains sèches, la vieille tante, ça cinglait sans laisser de traces.
Lola se mit à étinceler du visage, Sis grands yeux bleus clairs s'agrandirent et s'allumèrent : « Ssssalaud ! » dit-elle avec une expression de haine qu'elle aiguisait encore quand claqua la deuxième gifle, de la main gauche.
Je n'aime pas voir battre une femme, cela ne m'est pas arrivé souvent, mais ça m'a toujours révolté ; je me demande bien pourquoi, d'ailleurs, Elles sont toutes folles, c'est entendu et elles ont toutes des excuses. La pire n'est souvent qu'une enfant malade, mais vous reconnaîtrez qu'il y en a par le monde qui sont de vraies faces à beignes. Lola en était. Pourquoi ? J'espère avoir le temps de vous l'expliquer, mais surtout cela se sent. Une chichiteuse qui se croyait une personnalité parisienne parce qu'elle avait attiré l'attention de Jimmy et que c't'enflure, dans un moment d'oubli, l'avait couverte de bijoux. Elle allait danser le be-bop dans les caves et se faisait photographier pour « Dimanche-Soir ».
J'avais été chargé d'exercer sur elle mes séductions dans un de ces coins-là, Ça marchait bien au début, je payais le champagne aux frais de la « Maison ». Mais la môme, à la fin, m'avait envoyé aux pelotes avec un de ces regards qui donnent des poussées de meurtre. Elle me trouvait ou trop vioc ou pas assez bourré, c'est tout.
Je dois vous confier que je me suis marié à vingt ans avec une jeune fille de famille qui avait tellement le feu au train qu'elle faisait ça sur la table de la cuisine avec l'homme du gaz. Naturellement, le gars avait refilé le tuyau à tous ses « collègues », les casquettes galonnées de tout poil qui viennent sauter vos légitimes par l'escalier de service.
Et jalouse comme une tigresse, Toutes les fois qu'elle s'était fait secouer par le facteur ou le bougnat, elle m'attendait pour la scène ; elle m'accusait d'en avoir encore culbuté une. C'était vrai, j'admets. N'empêche, quand je l'ai appris, c'est le voisin du dessus qui m'a affranchi. Ça m'a porté un coup. « Moi, cocu ! » je disais. « Moi ! Moi ! » Je ne pouvais pas y croire. Ça m'a donné des principes. Je n'ai jamais pu ravoir confiance. Menteuses, voleuses, tueuses, donneuses. Et connes ! Mais comment faire sans ?
Si je n'avais pas été, à vingt ans, le plus trompé du quartier, une Lola me disant maintenant, à trente-cinq piges « T'es trop vieux », ça m'assassinait ! Je penserais : tu y es, de l'autre côté de la pente, je verrais mes rides aux yeux, mes cheveux moins drus, je serais démoralisé, je me mettrais à penser au destin, la mort, à la survie.
Mon épouse adultère m'a sevré, Je n'ai qu'à me reporter à son doux souvenir pour que ça glisse ; je me dis : cause toujours, j'ai vu mieux, j'en ai dressé de plus charognes. J'en dresserai encore. Sans rancune je m'efface. On a mis sur Lola ce qu'on avait de plus choisi. Le Docteur, un gentleman et même un aristocrate, un vrai Gaulois, grand, large, avec des belles moustaches blondes, toujours impeccable, baisant les mains, spirituel. On se demande comment un séducteur pareil a pu se faire bourrmann ; il faut dire qu'il appuyait sur le brandy et qu'un jour, à l'hôpital, il avait oublié sa mallette dans les tripes d'une opérée, qui, malheureusement, n'était pas sans relations. On aperçu que ce n'était pas la première fois. Il n'y a rien pour aller au pétard comme les familles, même si là tante Ursule que le toubib a un peu envoyé dans l'autre monde était la dernière des vaches. Il s'en est tiré en promettant de travailler pour la maison J't'argougne.
Oui, mais il était cent fois trop profond pour une Lola. Comme beaucoup de nos belles compagnes, pour les fasciner, ce qu'il faut, c'est le gars bien crado venu d'Europe Centrale, qui joue la canasta, qui parle français comme au télégraphe, un brun ondulé, aux yeux lourds. Ça n'a pas manqué et le docteur s'est fait soulever Lola au bar des Champs-Élysées par un nommé Arturo, un petit crosson gras comme un balai, mais sapé de toutes les couleurs, qui allait faire du ski, ma chère, à Mégève, l'été à Cannes et fin comme l'ambre chantonnait au moment opportun le succès d'un chimpanzé de la radio avec un éclair d'intelligence qui les tombait toutes.
Il nous eût été facile d'arrêter Lola n'importe où, à la sortie d'un bar : « Police », Et, hop ! Dans le taxi; mais l'inspecteur Bardot tenait à ce que personne ne s'en aperçoive et puisse avertir l'illustre Jimmy.
Nous étions postés, Martanelli et moi, à la terrasse la « Maison du Café », qu'on appelle aussi « Le Longchamp », au coin de la rue Marbeuf. Lola s'était arrêtée sur le trottoir et le traversait perpendiculairement, pour regarder une affiche de cinéma, suivie par Arturo. Je la voyais de profil, en contre-jour, se détachant sur l'avenue qui montait jusqu'à l'Etoile.
Elle était nu-tête pour montrer ses petites bouclettes coupées court, son long cou bien dégagé. Ses genoux très déliés s'articulaient sur ses jambes radieuses qui restaient un peu ployées. Elle se croyait trop grande; son seul défaut était de ne pas se tenir droite, de courber le dos et de ne pas tendre le jarret. A ma grande surprise, j'ai découvert, plus tard, qu'une mode fugitive voulait alors que les femmes aient le dos rond. Je n'aurais jamais cru, malgré ma bonne opinion d'elles, qu'il y en eût une seule d'assez gourde pour s'ingénier à se rendre bossue. Je t'en fous ! On ne leur fait jamais assez confiance !
N'empêche qu'elle était injurieusement provocante, comme une de ces gravures de mode où le mannequin à taille de guêpe déporte à l'autre bout de la page un foiron large comme la Concorde. Ce qui me tracassait c'était le mouvement de ses jambes finement attachées, au mollet bas. Il m'était intolérable qu'elle put rire comme si nous n'existions pas, en passant devant nous, cachés derrière un journal.
Puis elle tourna dans la rue de Marignan, nous nous étions levés. A droite, tout de suite il y a une boutique de frivolités avec la porte qui fait un renfoncement, notre voiture était juste devant, Martanelli tordit le poignet de Lola et la poussa dans l'auto, elle ne savait pas encore si ce n'était pas une blague, elle me vit attraper Arturo par sa cravate, l'appuyer sur la porte qui s'ouvrit et d'un coup de poing raide l'envoyer s'étendre dans la boutique. C'est le seul plaisir pur de ce métier de salopes de pouvoir dérouiller des types comme Arturo. Rrin ! En poire. Il y avait une cliente dans la boutique qui est partie à glapir, on n'a eu que le temps de foncer.
Lola voulait crier, Martanelli la bâillonna de la main, je me mis au volant et vrrrtt, quai des Orfèvres.
Ça faisait une bonne demi-heure que Martanelli parlait à Lola en respectant les bonnes manières, à part une baffe ou deux pour la mettre à l'aise. Elle ne voulait pas comprendre, c'est alors que l'inspecteur Bardot m'a fait appeler, je suis entré dans son burlingue. Arturo était là, la bouille violette.
— T'es chouette, que je lui dis, qu'est-ce qui t'est arrivé, on dirait une aubergine,
— Ta gueule, t'avais pas à cogner comme ça, je serais allé m'étendre tout seul.
Je ne pouvais pas m'empêcher de me la fendre, il groumait surtout en me voyant rire, alors je lui dis : « Ballot ». Je te sauve la vie. Avec un coquard comme ça jamais la bande à Jimmy ne croira que c'était au flan et que t'es une balanceuse. »
— Ça va, dit Bardot, Ils allaient au cinéma et Lola doit rencontrer Jimmy à six heures. Donc elle va tenir le coup jusqu'à six heures et à ce moment-là elle lâchera l'adresse.
Jimmy sera parti, mais aucune importance, c'est l'adresse que je veux. Vous direz à Irma qu'elle s'amuse jusqu'à six heures moins dix et qu'elle commence le sérieux seulement à moins cinq. Qu'elle laisse sa montre à Lola. Il ne lui faudra pas plus de cinq minutes.
— Bien chef,
Ah ! Je n'aime pas ce travail. L'Irma, c'était une grande Fritz qui nous était prêtée par les Américains et qui exigeait le respect parce qu'elle prétendait s'être fait la main à la gestapo. On disait qu'elle avait été condamnée à être pendue, mais graciée par les Sioux. Avec raison, si on se place à leur point de vue qui est toujours le point de vue technique. Irma, elle avait la pratique et l'efficacité. Ce serait une erreur que d'imaginer chez elle une trace de sadisme. C'est mal connaître les Teutons. Moi, rien que d'aller la prévenir, de la voir regarder Lola, la tâter et choisir entre deux paires de fouets dans une panoplie, les soupesant en ouvrière, je ne tenais plus en place. Il a déjà fallu que je déboutonne mon col.
Deux femmes en blouse blanche sont venues prendre Lola en main et lui ont enlevé sa robe bien proprement. Elles ont commencé à vouloir lui retirer sa combinaison, elle a fait des histoires. C'est alors que je suis allé vers Irma pour tout lui expliquer. On avait le temps; Lola parlerait sûrement à six heures et ce qu'on voulait c'était seulement l'adresse du gars.
Je ne peux pas vous dire ce que ça me faisait de la voir prendre tout en notes avec ce sérieux : 17 heures55 — 18 heures adresse de Jimmy.
Mon intervention avait donné à Lola l'impression que je souhaitais qu'on la ménage et elle m'avait glissé une espèce de regard de reconnaissance qui me gênait.
Irma regardait sa montre, il était cinq heures. Évidemment on ne pouvait pas rester comme ça, sans bouger, sans rien faire, je ne savais que dire, J'allais dans la pièce voisine. Lola réclamait des cigarettes, on les lui donna. Irma vint s'asseoir en face de moi, son gros fouet entraînant par son poids une longue main, l'air d'une couturière en journée qui attend le tissu. Elle avait un maintien de provinciale distinguée très Europe centrale. Elle regrettait de ne pas m'offrir de petits gâteaux et me souriait gentiment quand mon regard rencontrait le sien. Ses yeux s'arrondirent, elle eut un air timide pour poser une question. Je l'encourageai, elle s'enhardit,
— Si on peut faire parler avant, ça n'en vaudra que mieux ?
Je sentis un frisson au point que je tournai la tête pour voir si c'était un courant d'air.
Irma se leva, fit un geste, Les deux femmes s'apprêtèrent apparemment à dépouiller Lola de sa combinaison. Mais celle-ci ne voulait rien savoir, elle sautait comme un cabri. J'étais fasciné par la technique, il s'agissait d'ôter cette lingerie légère sans la déchirer, malgré les coups de pieds et de poings. L'une des deux se mit à enrouler très serré le tissu à partir du bas, avec la vitesse d'une infirmière qui récupère une bande velpeau, pendant que l'autre tenait les coudes de Lola. En un rien de temps elle eut un rouleau dur à partir du nombril, qu'il lui était déjà impossible de déchirer. Mais Lola ne voulait pas lever les bras et même s'arrangea pour coincer le rouleau sous son aisselle, L'autre avait déjà préparé des tresses pour ficeler la fine soie comme un saucisson. En somme, Lola était nue, sauf cette espèce de collier. Irma leva son fouet et demanda d'une voix douce : « L'adresse de Jimmy ?».
Lola ouvrit de grands yeux et ne répondit pas, j'entendis le fouet siffler et claquer sur les chairs. Les deux aides tenaient Lola chacune par un bras et la forcèrent à se lever et à se pencher en avant.
Je sortis très vite, Je ne pouvais pas voir ça.
Jamais je ne m'étais tant détesté. J'aurais voulu tout empêcher bien sûr, mais je le voulais pas vraiment, bien au contraire. Voilà : j'aurais aimé avoir le courage de ma muflerie et regarder pour l'amour de l'art, puisque nous savions que Lola craignait trop Jimmy, pour le trahir.
On ne sait pas de quelle hypocrisie l'homme est capable. J'entrai pour donner l'ordre d'arrêter, mais je m'emplissais les yeux du spectacle.
Vous me méprisez ! Quand vous mastiquez un bifteck, est-ce que vous pensez au cheval à l'abattoir ? Et la salade de langoustines, c'est bon si elles ont été jetées toutes vivantes dans le court-bouillon. Vous vous régalez, vous vous pourléchez, Alors !
[...]

______________________

Spécial dédicace à Georges TRON

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#2 08-06-2012 11:32:12

Dejuificator II
Maîtres Ascensionnés V.I.P
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Re: Paraz Albert - Une fille du tonnerre

Petrouchka
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Extrait

Cecy est un livre de bonne foy et non pas à clef.
Toute ressemblance serait coïncidence.

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Il fallait quand même que j’aille à la préfecture pour toucher mon mois. Je passais dans les couloirs déserts longs comme un intestin grêle, avec cette odeur de rat et de flic, indéfinissable. J’entendis crier derrière moi : « Adieu la pastille ! »... et une porte se fermer.
L’infect inspecteur Courbe que je rencontrai à la caisse s’approcha avec son air faux jeton en me donnant du collègue et me dit devant tout le monde : « Mais qu’est-ce que t’as, on t’a retourné la paupière ? » ce qui dans son argot était une allusion à cet épisode infamant du godemiché, que tous ces imbéciles se lisaient avec une feinte indignation en ajoutant « C’est une honte, voilà des livres qui devraient être interdits. Qu’est-ce qu’elle fout, la police ? »
Quand on, pense que ces anathèmes étaient proférés dans l’antre même de la rousse, par des sbires, poulets et inquisiteurs, on mesure un peu le désordre et la confusion des esprits à notre époque.

*
*  *

Voila ! Maintenant que j’ai touché ma paye je peux voir venir. à condition de ne pas m’aventurer dans des établissements au-dessus de mes moyens.
Je me sens soulagé. Je suis entré chez Bardot et je lui ai dit ce que j’ai sur la patate. De quoi emplir dix pages de livre, en injures de toutes sortes à l’intention de sa turne et de son turf. Je ne peux pas tout répéter, le Paraz en rajouterait et après je n’aurais plus qu’à filer vers les frontières avec des troupeaux de vaches à mes trousses.
Bardot m’a répondu très calmement. Jamais on n’aurait cru que je venais de lui dire ce que je pensais de sa conduite. Il prétendait avoir agi par ordre.
— Gorin, réfléchissez !... Vous savez qu’ici on apprécie vos services à leur valeur, ailleurs il n’en sera peut-être pas de même !
Là, j’ai bondi !
— Service service !... Mais je ne suis par un larbin !... J’en ai marre de vous rendre service ! Marre !
C’est là que j’ai fini de vider mon sac. Un torrent !... Je trouvais des mots... des outrages nouveaux, antiflics. Bardot écoutait en amateur, il acquiesçait du citron ou bien faisait une moue qui voulait dire : « Là, je ne vous suis plus, Gorin, les cognes, tous de la pédale, me semble abusif. Il y en a plus qu’on le croit, mais moins qu’on le dit. »
Il avait le geste ecclésiastique, je le voyais en cardinal, un cardinal qui écouterait les imprécations d’un prêtre ouvrier contre l’adoration perpétuelle.
— Mon cher fils, vous abusez, je vous sens là dans un état proche du délire... Nous reparlerons de cela plus tard, voulez-vous ?...
A la fin il m’a dit :
— Gorin, vous devriez écrire, ça ne rapporte rien mais ça soulage. Et pour vous prouver que je connais vos véritables intérêts, je vous propose une petite retraite instructive, à l’ombre du château de Versailles...
A l’ombre ! Hombre ! Vlan !... Je me suis dit, ce salaud va m’enchtiber. Non, c’était d’autre chose qu’il s’agissait. Il voulait que j’aille au collège Ivan le Terrible parmi les émigrés, pour pouvoir me lancer sur la trace de ses gironds en fuite derrière le rideau de fer.
— Ici vous êtes le seul assez intelligent pour finir d’apprendre le russe en deux mois. Vous avez le don des langues. Je l’ai bien vu quand nous traduisions les messages ! qu’il a ajouté pour me flatter bassement.
C’est cela qui m’a déterminé, je lui ai dit un non bien énergique. Ça ne l’a pas empêché de m’offrir un cigare tout en me poussant vers la porte.
— Pensez-y, cher Gorin... c’est une situation que je vous offre... Ne vous emballez pas... Venez me voir jeudi prochain pour me donner votre réponse !
— Ma réponse !... Mon chpatz ! que je lui ai lancé en pleine bouille. Je ne peux plus faire ce métier pourri. Dans ma famille personne ne veut me recevoir depuis que je bosse pour j’targougne maison. Même ma vieille cousine Léonie planque son sac à main et son argenterie quand je viens lui souhaiter la bonne année ! Je n’ose pas avouer ma profession. Je dis que je fais « des affaires ». C’est passe-partout ; des piastres aux pissotières, par l’escroquerie au mariage.

*
*  *

J’en étais à ces réflexions quand ça a commencé. D’abord je me suis dit : « Encore un dingue, un mec qui joue les inquiétants, parce qu’il a lu une série noire ». Je t’en fous, oh pardon, je vous en fous. Du bidon point n’était-ce, je m’en suis vite aperçu. On ne sait pas jusqu’à quel point le cinéma à de l’influence sur les plafonnards. Le tueur est un client des salles obscures. Il y prend des leçons de maintien, il se renseigne sur la mode U. S. A. qui donne le ton chez les saigneurs depuis dix ans.
Pourtant on oublie que dans ce domaine encore c’est la France qui fut à la tête du progrès, Bruant, Biribi, Buenos-Aires On oublie trop.
Il m’a demandé du feu, machinalement j’ai tiré mon briquet, j’ai fait rouler la mollette, c’est à cet instant que je me suis aperçu qu’il n’avait pas de cigarette. Moi non plus.., alors pourquoi me demander du feu ? J’ai dû avoir l’air inquiet et c’est là qu’il a déboutonné son imperméable pour me montrer un rasoir à main ouvert et aiguisé tout pointu. « Excusez-moi, a-t-il dit d’une voix qui lui râclait le fond du larynx, je croyais avoir une cigarette. » Un petit signe des deux doigts au rebord du bada et il m’a laissé vraiment pensif sur le trottoir.

Last edited by DejuificatorII (08-06-2012 11:33:42)


Nous serons toujours là.

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