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Announcement

#1 22-09-2010 12:34:27

MimilleLaBordille
Guest

Au origine de l'Eglise apostolique

Adolf VON HARNACK
Marcion, l'Évangile du Dieu étranger
Une monographie sur l'histoire de la fondation de l'Église catholique
P. Édouard Cothenet
http://www.esprit-et-vie.com/article.ph … rticle=790

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Traduit par Bernard Lauret. Contributions de Bernard Lauret, Guy Monnot et Émile Poulat. Essai de Michel Tardieu, Marcion depuis Harnack, Paris, Éd. du Cerf, coll. « Patrimoines christianisme », 2003. - (14,5x23,5), 592 p., 59,00 €.

Esprit et Vie n°102 - mars 2004 - 2e quinzaine, p. 28-30.

« La séparation entre la Loi et l'Évangile constitue l'œuvre principale de Marcion : ses disciples ne pourraient renier ce qui constitue pour eux le livre souverain, par lequel en effet ils sont initiés et endurcis dans leur hérésie. Il s'agit des Antithèses de Marcion, c'est-à-dire les oppositions contradictoires, qui essaient d'établir un désaccord entre la Loi et l'Évangile, afin de conclure de l'opposition de pensée des deux livres à l'opposition des dieux » (TERTULLIEN, Adversus Marcionem IV, VI, 1-2). Comprenons : l'opposition entre le Dieu créateur, justicier impitoyable de l'Ancien Testament, et le Dieu bon, étranger à ce monde, annoncé par Jésus-Christ.

Qui donc est ce Marcion dénoncé avec tant de fougue par Tertullien ? Un chrétien, originaire du Pont (Asie Mineure), venu à Rome vers 140, d'abord bien accueilli, puis excommunié en 144 par les presbytres de la ville en raison de sa doctrine. Ses disciples fondèrent une contre-église qui se maintient en Orient jusqu'au Ve siècle. De ses œuvres, nous ne connaissons que les fragments transmis par ses adversaires. À juste titre, M. Tardieu souligne les difficultés d'interprétation, par-delà la polémique.

Le grand historien allemand des origines chrétiennes, A. von Harnack s'est passionné, dès sa jeunesse, pour Marcion. À l'âge de dix-neuf ans, il obtint le prix de l'université de Dorpat pour son mémoire Marcionis doctrina e Tertulliani adversus Marcionem libris eruatur et explicetur (« Que la doctrine de Marcion soit instruite et expliquée à partir du Contre Marcion de Tertullien »). Pourtant, c'est seulement en 1921 que l'auteur publia son travail, considérablement développé. Le livre connut en Allemagne un grand succès et provoqua de vives polémiques. L'auteur y répondit dans la Préface de la deuxième édition (1924).

Le Marcion de Harnack n'avait jamais été traduit en français. À l'initiative de Michel Tardieu, professeur au Collège de France, plusieurs chercheurs se sont associés pour la présente publication : traduction du texte allemand par B. Lauret qui signe aussi une étude sur « L'idée d'un christianisme pur », étude d'É. Poulat sur « Marcion et la science française » où il est expliqué pourquoi l'œuvre de Harnack a longtemps été négligée chez nous, un article de Guy Monnot sur « Les marcionites dans l'hérésiologie musulmane », enfin un très long rapport de Michel Tardieu, intitulé « Marcion depuis Harnack », suivi d'un copieux dossier bibliographique (p. 488-561) et d'un index des noms propres.

Ouvrage d'érudition, ce livre s'adresse aux spécialistes. Comme les thèses de Marcion sont d'une grande importance, il convient d'en dire ici au moins quelques mots. Comme le note M. Tardieu, l'ouvrage de Harnack n'est pas seulement enquête historique, mais aussi manifeste théologique : « Voici la thèse que je pose avant de l'argumenter : rejeter l'Ancien Testament au IIe siècle était une faute que la Grande Église a rejetée avec raison ; la conserver au XVIe siècle était une fatalité à laquelle la Réformation n'a pas encore été capable de se soustraire ; mais, depuis le XIXe siècle, le conserver encore dans le protestantisme comme document canonique est la conséquence d'une paralysie » (p. 217 de l'édition allemande, p. 240 de la traduction).

D'après cette déclaration apparaît clairement l'enjeu théologique du livre, que B. Lauret met en relief dans sa longue étude « L'idée d'un christianisme pur ». Par la distinction entre Loi et Évangile, Luther s'était présenté comme héritier de Paul, à une époque où on semblait l'avoir oublié. De là à le situer dans le sillage d'un ultra-paulinien comme Marcion, la distance est grande !

Faut-il souligner la gravité de cette dépréciation de l'Ancien Testament ? Heureusement, alors que se développait la propagande nazie, apparut dans le protestantisme allemand (R. Kittel, W. Eichrodt, O. Protschk, G. von Rad, etc.) un sursaut salutaire avec la revalorisation de la théologie de l'Ancien Testament.

Pour Harnack, Marcion, en éditant le seul Évangile de Luc avec dix épîtres de Paul, est le « créateur » du canon du Nouveau Testament. H. von Campenhausen s'inscrira dans cette ligne, à laquelle les études récentes apportent de nombreuses réserves. Ce qui est vrai, c'est que l'œuvre d'Irénée se développe en réaction contre Marcion et atteste la canonisation des quatre Évangiles, des Actes des Apôtres comme introduction aux Épîtres. Telle est la triple partition : prédication des prophètes, paroles du Seigneur, épîtres. Voir Y.-M. BLANCHARD, Aux sources du canon : le témoignage d'Irénée (Paris, Éd. du Cerf, coll. « Cogitatio fidei », n° 175, 1993, p. 132 s.).

Quelle a été l'influence de Marcion sur la transmission du texte du Nouveau Testament ? Harnack a relevé les nombreux cas de corrections, attribuées à Marcion, et dénoncées avec virulence par Tertullien. La publication d'un grand nombre de papyrus anciens (du IIe siècle ou du début du IIIe) a complètement renouvelé le sujet depuis 1921. N'en reste pas moins la question, soulevée par Harnack, de la teneur du texte dit « occidental », un sujet des plus discutés aujourd'hui.

« Une monographie sur l'histoire de la fondation de l'Église catholique » : le sous-titre est révélateur des intentions de Harnack. Marcion « grâce à ses conceptions organisationnelles et théologiques et par son activité a donné le coup d'envoi décisif à la création de l'Église catholique ancienne et a fourni le modèle » (p. 214 s. de l'édition allemande, p. 237 de la traduction) : à savoir, la délimitation d'un canon des Écritures, l'importance donnée à la « règle de foi », la sacralisation des ministères. Ces traits n'apparaissent-ils qu'au IIe siècle, en partie par réaction contre Marcion ? À l'encontre, pour ne citer qu'un auteur, E. Käsemann a relevé dans les écrits tardifs du Nouveau Testament des traits caractéristiques du précatholicisme (Frühkatholizismus). Citons un article qui fit date : « Paul et le précatholicisme » (1963), traduit en français dans Essais exégétiques (Neuchâtel, Éd. Delachaux et Niestlé, 1972, p. 256-276).

Ces quelques réflexions suffiront à faire comprendre l'intérêt exceptionnel du Marcion de Harnack. Le grand historien s'est passionné pour son héros et en fait la figure la plus marquante de l'histoire de l'Église entre Paul et Augustin. Quelles qu'en soient les limites et la partialité, l'œuvre est « incontournable », comme on dit aujourd'hui. Elle pose avec acuité le problème toujours actuel de la lecture chrétienne de l'Ancien Testament. Félicitons les auteurs qui ont associé leur compétence pour rédiger ce volumineux dossier.

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