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WAWA CONSPI - The Savoisien

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Announcement

#1 12-12-2010 22:10:03

MimilleLaBordille
Guest

Bâ Amadou Hampaté - Vie et enseignement de Tierno Bokar

Amadou Hampaté Bâ
Vie et enseignement de Tierno Bokar
http://www.histoireebook.com/index.php? … erno-Bokar

Remerciement à Petit Homme Libre pour son travail

"je souhaite, déclare le sage de Bandiagara, de tout mon cœur, la venue de l’ère de la réconciliation entre toutes les confessions de la terre, l’ère où ces confessions s’appuieront les unes sur les autres pour former une voûte morale et spirituelle, l’ère où elles reposeront en Dieu par trois points d’appui : Amour, charité, fraternité (Bâ, 1980, 174).

Le disciple :
Est-ce que je peux fréquenter d’autres milieux qui ne sont pas musulmans ? (Bâ, 1980, 148-149)
Le maître :
Mais bien-sûr, au contraire,
on s’enrichit toujours à communiquer avec les autres,
mais à condition que tu restes fermement enraciné dans ta propre foi.

Puissiez-vous comprendre le sens des propos de ces hommes, en qui Dieu à placer sa confiance dans l'expression de sa réalité, avant que la colère des peuples blancs insultés et trahis par leurs faux dirigeants ne viennent affirmer leur puissance de destruction et vous fasse comprendre le sens du mot tolérance.

AMADOU-HAMPATE-BA3.jpg
Amadou Hampâté B qui s’est méfié de la politique politicienne comme de la peste, s’en est éloigné comme pour la mieux comprendre et l’expliquer, tel le philosophe planant au dessus de la mêlée. Son éducation traditionnelle surtout et moderne a fait de lui, l’un des observateurs les mieux avisés de son temps, le témoin du siècle. Sa formation encyclopédique (il a été en effet historien, philosophe, théologien, romancier, linguiste et polyglotte), il la doit surtout à son premier et ultime maître, Tierno Bokar, dont Amadou Hampâté Bâ aimait à dire qu’il était né entre ses mains. Tierno Bokar qui a été à la fois son maître d’école coranique donc son maître spirituel, est mort comme un martyr de la foi, tracassé qu’il avait été par l’administration coloniale française et ses compatriotes qui le considéraient comme un rebelle. Tierno Bokar est mort dans la solitude mais en pardonnant à tout le monde. Pour se faire une idée de l’ascendant spirituel que le maître a exercé sur le disciple, il faudrait se rappeler cet entretien qu’ils eurent.
Pour comprendre jusqu’à quel point, Amadou Hampâté BA était pénétré du sentiment de tolérance spirituelle, politique et culturelle, pour appréhender sa crainte viscérale de l’intolérance et son cortège d’aberrations, telles, les réactions de crispation irrationnelles, l’exploitation à des fins prétendument religieuses de l’envie du voisin, la haine de l’autre, le jihad confusément rebaptisé aux couleurs de l’apartheid, nous nous sommes proposé de parcourir les grandes lignes de son livre, intitulé, Vie et enseignement de Tierno Bokar, le sage de Bandiagara.

Nous rappelons brièvement que son maître était un saint homme, un marabout descendant d’El hadji Omar, dont l’aura spirituelle couvrait tout le Massina. Le livre qui a été publié aux Editions du Seuil en 1980, compte 254 pages, divisées en trois grands chapitres qui sont : la vie, la parole, l’enseignement. Notre intention n’est pas de présenter une vue exhaustive du livre, ce qui serait fastidieux, mais d’en dégager, pour les commenter, quelques éléments saillants et caractéristiques de la philosophie d’Amadou Hampâté BA.

I- La vie

AMADOU-HAMPATE-BA1.jpeg
Tierno Bokar descend d’El Hadj Omar par son père Salif qui avait lui-même pour père, Bokar Tall, frère aîné de l’Emir.
À la Zaouïa de Bandiagara, craignant que ses Talibé ne fussent préoccupés que de mystique, il a conçu et pratiqué une pédagogie fondée sur une alternance de formation théologique et de travaux agraires.
Conscient que les richesses de ce monde éloignent de Dieu, le maître a vécu et prêché l’esprit de pauvreté et de détachement. C’est ainsi qu’il exigeait de ses disciples qu’ils pourvussent eux-mêmes à leur nourriture, se contentant lui-même du strict minimum pour survivre (Bâ, 1980, 44) :

" L’identité administrative de Tierno Bokar, écrit A.H. BÂ, était alors ainsi définie : situation de fortune : possède une jument et quelques chèvres. Ressources : reçoit quelques aumônes et cultive avec ses Talibé (élèves)"

La vie de Tierno Bokar aurait pu se dérouler somme toute dans une totale félicité si elle n’avait été troublée par la regrettable querelle byzantine de la pratique des «onze » ou des «douze » grains.

L’oraison « Djawharatul - kamal » ou perle de la perfection avait été reçue par Si Ahmed Tidjani en une vision qu’il avait eue du prophète, avec injonction de la réciter onze fois (Bâ, 1980, 57-58).

Après la chute de Bandiagara prise par les Français en 1893, l’élan de la Tidjania en Afrique paraissait brisé (Bâ, 1980, 59). D’Algérie, la maison mère décida d’envoyer Cheik Mohammed Lakhdar dans les différents territoires d’Afrique au sud du Sahara pour rechercher le nouveau maître annoncé qui continuerait la tidjania et pour ramener les communautés Tidjani à la formule primitive des onze grains.
Le cheickh Mohammad Lakhdar convertit la communauté tidjani de Nioro aux 11 grains, mais à la suite d’une incompréhension, le chef de la communauté tidjane, le chérif El Moktar, parce que le cheikh Lakhdar avait refusé de lui réciter un nom de Dieu, décide de retourner à son ancienne pratique des 12 grains.

Enfin le cheikh Lakhdar reconnaît en Chérif Hamalah, le Qutb-ul Zaman, le maître de l’heure : La communauté de Nioro se soumit donc à lui (Bâ, 1980, 68).
Tierno Bokar qui a su reconnaître en Cheikh Hamalah un homme de Dieu se rallie à lui en se convertissant à la pratique des onze grains (Bâ, 1980, 65).
Pour lui, commence l’épreuve ; aux passions religieuses viennent se greffer les conflits politiques (Bâ, 1980, 110).
Isolé par la communauté Tidiane de Bandiagara, il vécut dans la solitude jusqu’à sa mort (Bâ, 1980, 112-113).

Tierno qui a vécu dans sa chair les affres de l’intolérance n’aura de cesse qu’il n’ait mis en garde ses disciples contre elles.

II- La parole
Dieu aime-t-il l’infidèle ? : Amadou Hampâté BA qui souffrait constamment d’entendre que les «Koufar» infidèles étaient promis à la géhenne éternelle, s’en ouvrit un jour à son maître qui lui prodigua l’enseignement suivant :

"Que notre amour ne soit pas centré sur nous-mêmes ! ... N’aimer que ce qui nous ressemble, c’est s’aimer, ce n’est pas aimer... L’infidèle, en tant qu’homme ne peut être exclu de l’amour divin. Pourquoi le serait-il du nôtre ? Il occupe le rang auquel Dieu l’a élevé. Le fait, pour un homme, de s’abaisser peut entraîner un châtiment sans pour cela provoquer une exclusion de la source dont il est issu" (Bâ, 1980, 142 - 144).

Il apparaît nettement donc selon l’enseignement de Tierno Bokar que Dieu le créateur n’établit aucune préférence entre ses créatures. Une autre fois, le maître s’est offusqué de ce qu’un de ses disciples se réjouissait de la manière dont un pasteur américain avait été hué sur la place publique à Bandiagara :

"Tierno fut révolté par ce comportement. Voulant mettre ses élèves en garde contre tout manquement envers des hommes qui s’expriment au nom de Dieu, il lança, ce jour là un véritable appel à la tolérance" (Bâ, 1980, 146 - 147)

D’une manière générale, quant aux relations des musulmans avec les adeptes d’autres religions, Tierno Bokar invite au respect mutuel de tous les croyants qui sont fils d’un même père :

"Pour Tierno Bokar... il n’existait qu’une seule religion, éternelle... Cette religion primordiale était, pour lui, comparable à un tronc dont les religions historiques connues seraient sorties comme les branches d’un arbre" (Bâ, 1980, 153).

Profondément convaincu que l’enseignement doctrinal des religions monothéistes est pur et que ce sont les hommes qui sont imparfaits, il a mis en garde les siens contre les luttes religieuses dont la stérilité le dispute à l’animosité.

Guide spirituel de la communauté musulmane de Bandiagara, Tierno Bokar ne fut pas étranger à ses préoccupations temporelles ; pour lui, la solidarité est la condition essentielle de l’existence :

"La société humaine, participant de la Réalité divine, formait un tout, comme une immense caravane dont les membres sont obligatoirement solidaires parce qu’ils courent les mêmes dangers et qu’ils marchent vers un même but" (Bâ, 1980, 177).

De son vivant, Amadou Hampâté Bâ n’a jamais dissimulé son angoisse devant le drame de l’homme africain, face à l’omnipotence du pouvoir politique.

"C’est terrible, dit-il, nos chefs d’Etat font de leurs citoyens tout ce qu’ils veulent. Qu’ils apparaissent sous le manteau de progressiste ou du modéré, qu’ils le clament haut et fort ou le cachent, tous mentent sans vergogne à leurs concitoyens, les emprisonnent, les tuent ou les ruinent à longueur de journée. Nul n’a les moyens de se défendre face à la toute puissance de l’Etat, omnipotent et omniprésent" (Bâ in Diallo, 1996, 36).

Tierno Bokar, sur l’épineuse question de l’exercice du pouvoir, a eu à donner de sévères avertissements aux dirigeants qui abusent de leur pouvoir. Il rappelle à tous ceux qui détiennent ne serait ce qu’une once d’autorité, les limites de leur responsabilité et les peines prévues pour leur culpabilité :

" ... La gravité de toute faute commise par un chef temporel ou religieux est proportionnelle à la superficie de son pays. L’efficacité en est multipliée par la densité des habitants de cette chefferie ou des adeptes de cette obédience, multipliée encore par le poids de la faute et augmentée de l’exagération des conteurs ambulants. Le tout est majoré du volumineux poids de la crédulité des masses" (Bâ, 1980, 178).

Esprit universel enfin, Tierno Bokar a perçu le danger qu’il y avait pour la jeunesse de son pays à se laisser envoûter par les sirènes de la culture occidentale, rompant du même coup le lien ombilical avec ses racines, pourtant source d’humanisme (Bâ, 1980, 183-84) : « A une question sur les traditions, il répondit :

"Respectez-les. Elles constituent l’héritage spirituel de ceux qui nous ont précédés et qui n’avaient pas rompu avec Dieu" (Bâ, 1980, 183).

Amadou Hampâté BA lui-même, dont la foi islamique ne souffre d’aucune perversion hérétique s’est intéressé aux mystères des peuples de la région ouest-africaine. Pour lui, en effet, non seulement l’étude des sciences occultes n’est pas en porte-à-faux avec l’islam orthodoxe, mais elles permettent de découvrir ce que

«l’homme ordinaire n’a pas encore découvert par la rationalité »

Il faut comprendre que les formes non scientifiques de la connaissance, n’en sont pas moins la connaissance :

« L’encre du savant, en effet, disait le prophète à ses compagnons est plus sacrée que le sang du martyr ».

Homme de dialogue, d’hospitalité et de partage, Amadou Hampâté BA que l’on peut aujourd’hui considérer sans exagération comme un des échos sonores de notre temps, dépasse pour citer Siradiou Diallo, le cadre étriqué de sa région natale et même de son continent ; l’essence de son message tient en un appel à un monde fraternel, tolérant et réconcilié avec lui-même

"Quoi qu’il en soit, dit-il, l’intolérance, étroitement liée à l’ignorance et au manque de maturité spirituelle n’est le privilège d’aucune race, d’aucune communauté particulière. C’est une maladie humaine générale. Tous les temps et tous les lieux l’ont connue. Aujourd’hui, plus ou moins tapie dans certaines zones obscures de notre être, elle menace toujours de montrer les griffes dès que nous rencontrons chez l’autre une différence que nous ne pouvons comprendre. C’est pourquoi, il nous faut des maîtres spirituels qui soient en même temps des médecins du cœur" (Bâ, 1980, 36).

C’est ce que fut Tierno Bokar dont l’appel à l’union, à la compréhension et à l’interpénétration des cœurs et des esprits, s’adresse par delà son entourage à tous les hommes :
"je souhaite, déclare le sage de Bandiagara, de tout mon cœur, la venue de l’ère de la réconciliation entre toutes les confessions de la terre, l’ère où ces confessions s’appuieront les unes sur les autres pour former une voûte morale et spirituelle, l’ère où elles reposeront en Dieu par trois points d’appui : Amour, charité, fraternité (Bâ, 1980, 174).

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