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WAWA CONSPI - The Savoisien

Exegi monumentum aere perennius

Announcement

#1 02-12-2010 15:15:06

LouSomPau
Guest

Jean Raspail

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Jean Raspail



Le camp des saints 1973

«Alors je me répète lentement,
pour bien m'en pénétrer,
cette phrase mélancolique d'un vieux prince Bibesco :
"La chute de Constantinople est un malheur personnel
qui nous est arrivé la semaine dernière"»




Jean Raspail - Le camp des saints.pdf
http://www.histoireebook.com/index.php? … des-Saints

http://www.balderexlibris.com/index.php … des-Saints

ENGLISH
http://www.balderexlibris.com/index.php … the-saints

http://jeanraspail.free.fr/bibliographie_raspail.htm





Jean Raspail - Le Camp des Saints - Entrevue 1975
http://www.youtube.com/watch?v=PKd0imQj1uE
http://www.youtube.com/watch?v=MiVgho24z7g

Le sujet du Camp des saints est grave. Il s'agit de rien moins que de la fin du monde blanc, sous l'invasion des millions et des millions d'hommes affamés, «sous-développé», qui constituent les trois quart de l'humanité.

Sujet grave et grand sujet, s'il en est. Sujet périlleux pour son auteur, car il faut bien prendre parti. Jean Raspail n'est pas homme à se dérober. Il prend parti, non point contre ces foules de la misère qui, un beau jour, ne peuvent résister à la tentation du «paradis», mais contre ceux qui, dans nos sociétés, publiquement ou en secret, consciemment ou inconsciemment, travaillent à la décomposition, au désarmement moral et spirituel de la civilisation.

On épousera ou on n'épousera pas le point de vue de Jean Raspail. Au moins, le discutera-t-on, et passionnément. Ce qu'il dit est trop important pour n'être pas entendu, pour ne pas bouleverser : c'est peut-être la grande question de demain. Et puis - le Camp des Saints est un roman, ne l'oublions pas - comment, avant de le discuter, n'en être pas touché : touché par l'aventure de cette flotte partie du golfe du Bengale chargée d'«un million de christs» qui fait route vers nos côtes, et touché par les réactions de ceux qui l'attendent, c'est-à-dire, nous tous ?

Le Camp des Saints est de ces fictions fulgurantes qui surgissent à l'heure pour éclairer le possible avenir. L'histoire que raconte Jean Raspail, ce qu'il dit, ne cesseront plus de nous hanter.


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« Une vague est morte sur nos rives matérielles. Elle n'avait plus de mémoire car elle venait de loin. Je l'ai prise dans le creux de ma main.
Puis elle m'a échappé
et il n'en restait rien... »










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« Quand on représente une cause (presque) perdue, il faut sonner de la trompette, sauter sur son cheval et tenter la dernière sortie, faute de quoi l'on meurt de vieillesse triste au fond de la forteresse oubliée que personne n'assiège plus parce que la vie s'en est allée. »







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TABLE

1. Le vieux professeur eut une pensée ordinaire...

2. Depuis le petit escalier donnant sur la ruelle, le jeune homme était arrivé sans bruit sur la terrasse...

3. Avec la paix de l'âme, le professeur sentit une faim bien franche lui mordre l'estomac...

4. C'était une nuit étrange, tellement paisible que New York ne se souvenait pas d'en avoir vécu de semblable depuis plus d'une trentaine d'années...

5. Si l'on peut découvrir quelque logique dans la formation d'un mythe populaire, c'est au consulat général de Belgique à Calcutta qu'il faut chercher l'origine de celui que nous appellerons pour le moment : le mythe du nouveau paradis...

6. « La pitié! dit le général. La déplorable, l'exécrable, la haïssable pitié !...

7. «... dans les quatre département côtiers...

8. Le sourire de Ballan avait accompli un miracle

9. L'India Star, à quai depuis un an, était un paquebot sexagénaire, vétéran de la malle des Indes, au temps des Anglais...

10. Le coprophage embarqua seul, le premier...

11. Ce jour-là et les jours qui suivirent, dans tous les ports de Gange, cent navires furent envahis de la même façon, avec la complicité des équipages et des capitaines.

12. Plus tard, quand la flotte fut partie et que l'opinion mondiale connut à la fois son départ et les circonstances de la mort du Consul, il n'y eut pas une voix pour l'approuver ou le comprendre...

13. Au sortir du Gange, les eaux rouges du delta se diluèrent d'un coup dans le vaste golfe du Bengale et les cent navires de la flotte immigrante mirent cap au sud-ouest...

14. «...Dans une dépêche qui vient de nous parvenir de Paris, le gouvernement français confirme que l'état d'urgence a été décrété dans les quatre départements côtiers et que des renforts de troupes sont acheminés vers le sud...

15. Dire que la nouvelle du départ de flotte, quand elle fut connue et publiée, inquiéta sérieusement le monde occidental, serait, à l'origine, contraire à la vérité...

16. «Sans surestimer pour autant la portée de l'événement, commença le ministre en posant devant les micros un petit dossier bien léger...

17. «Monsieur le Ministre, sans préjuger de la destination finale de cette flotte tragique, le gouvernement français prendra-t-il des mesures pour venir en aide aux passagers et atténuer des souffrances qui se révèlent, selon les dernières informations, à la limite du tolérable?...

18. Contrairement à ce qu'il avait déclaré au ministre, Machefer n'écrivit rien du tout dans son journal, ni le lendemain matin ni aucun des autres matins qui suivirent pendant tout le temps que dura l'interminable cheminement de l'armada jusqu'à son entrée en Méditerranée...

19. Du temps des grandes guerres nationales, chez les peuples concernés, chacun affichait, dans sa cuisine ou son salon, la carte du théâtre des opérations, avec des petits drapeaux plantés sur la ligne de front, qu'on déplaçait ou non chaque soir à l'heure du communiqué...

20. Dans la longue dépêche qui accompagnait ses photographies prises d'hélicoptère, le journaliste d'Associated Press parlait d'une épouvantable odeur flottant sur la mer, comme une atmosphère dense au-dessus de l'armada...

21. L'océan roulait des eaux clémentes pour la saisons, une houle large, sans crête d'attaque, quasi fraternelle, qui portait et poussait la misérable flotte...

22. Alors qu'on la croyait prête à s'engager dans le golfe d'Aden, vers Suez, l'armada fut repérée sept jours plus tard au large des Comores, à l'entrée du canal de Mozambique, faisant route au sud vers le cap de Bonne-Espérance...

23. L'affaire Notaras s'apaisait, trop vite au gré des maîtres à penser, lorsque éclata l'affaire sud-africaine...

24. Quinze jours plus tard, seul le titre avait changé, marquant la nouvelle position de la flotte : «Plus que 5000 kilomètres avant la vérité!»

25. Deux jours durant, Machefer sortit de son mutisme.

26. La tentative de secours de Sâo Tomé ne fut jamais renouvelée...

27. Le dimanche des Rameaux, vers quatre heures de l'après-midi, revenant d'une mission qui fut qualifiée «de routine» sur le documents remis aux autorités sénégalaises, l'escorteur 322 entra dans le port de Dakar...

28. A trois heures de l'après-midi, le vendredi saint, l'armada de la dernière chance franchit le détroit de Gibraltar et pénétra dans les eaux de la Méditerranée...

29. L'annonce du franchissement de Gibraltar fut aussitôt connue de toute l'Europe, mais l'Espagne en reçut brutalement le premier choc...

30. Sur les navires de la flotte immigrante, on mourait beaucoup mais pas tellement plus, si l'on y songe, que dans les villages du Gange décimés par les guerres, les épidémies, les famines et les inondations...

31. Le vendredi saint, en fin d'après-midi, M. Jean Perret, secrétaire d'État aux Affaires étrangères et conseiller privé du président de la République, se présenta au palais de l'Élysée et fut immédiatement introduit auprès du Président.

32. ... Sur l'autoroute du Sud, Clément Dio fonce de toute la vitesse de sa puissante voiture...

33. Le Président venait à nouveau de hausser le son de son transistor...

34. Dans la nuit du samedi au dimanche de Pâques, à la première minute du jour de la Résurrection, il se fit un grand bruit sur la Côte, quelque part entre Nice et Saint-Tropez...

35. Trois autres gouvernements occidentaux, sans compter les États-Unis et l'Union soviétique, siégèrent aussi cette nuit-là...

36. Clément Dio regarda sa montre pour la centième fois...

37. Minuit. Les Président va parler...

38. « Français, Françaises, mes chers compatriotes...

39. Ce lundi de Pâques, le soleil se levait à 5h27 du matin...

40. A la même heure, dans différentes zones industrielles du pays, le mythe du Gange libératoire déferla sur certains ateliers avec cent quarante-sept minutes d'avance sur le débarquement réel des immigrants de l'armada.

41. Les étoiles s'étaient couchées. La lune aussi...

42. Ils étaient douze...

43. Il y avait eu, naguère, le jour le plus long...

44. Puis, la tempête éclata...

45. La tempête ne leva sur la plage qu'un petit nombre de vagues, mais d'une puissance exceptionnelle... 

46. « Si on chantait ? dit le colonel...

47. La France a cédé...

48. A dix kilomètres autour du Village, le pays demeurait désert, nettoyé de toute intrusion étrangère... 

49. Dix-huit...

50. L'avion se présenta le lendemain à la même heure, soit le jeudi qui suivait Pâques...

51. Je m'en souviens, à l'heure où je termine le récit de ces événements... 

COMMENTAIRES
L'adieu au monde


Si, d'une certaine façon, Le Camp des Saints est le livre le plus ambitieux de Jean Raspail, à ce jour, c'est aussi, sans conteste, le plus controversé. A l'époque de sa publication, on a dit un peu tout et n'importe quoi, à son sujet, comme il fallait du reste s'y attendre... On ne peut aborder un thème aussi délicat, aussi sensible, sans s'attirer les foudres des bien pensants... Dans sa simplicité, l'idée de base du roman pose évidemment une question énorme : Que faire si, demain, un million et plus d'affamés décidaient de venir se rassasier chez nous, ici, en Occident ?

Et tel est, selon nous, le premier mérite du roman de Jean Raspail : Poser la question. Question dérangeante, s'il en est, qui ne soulève pas seulement des problèmes d'ordre politique, économique, social, voire sociologique, mais aussi, surtout, un problème d'ordre moral et culturel, - une seconde question surgissant alors aussitôt : Quelle morale et quelle culture aurions-nous à opposer à un tel déferlement ?

A moins, bien entendu, de supposer que notre morale et notre culture n'ont en rien à s'opposer  à un tel déferlement, mais à s'en réjouir au nom de tous les principes bien connus du «Nouvel Humanisme», selon lesquels l'Autre ne peut que nous enrichir et en aucun cas vouloir nous détruire.

Sur fond de références à l'Apocalypse de Saint-Jean, Le Camp des Saints est un roman foisonnant, qui ne donne pas dans la facilité et le truisme. Passant en revue les réactions et les comportements de chacun - individus et grandes institutions -, l'accent est mis, dès le départ sur la fatalité qui, avec l'armada des affamés, se met en marche. Une fatalité qui n'est que la conséquence logique de nos démissions successives dans tous les domaines, et de la haine de soi.

Car il ne s'agit pas tant d'une ultime démission d'une civilisation trop vieille, trop épuisée pour songer encore, dans un sursaut, à défendre ses valeurs (mais quelles valeurs ont encore cours qui appelleraient à être défendues?), que d'une sorte de jubilation à l'approche de la fin, d'une rage auto-destructrice dont l'armada de la dernière chance n'est jamais que le catalyseur...

Que le roman soit fortement marqué par l'atmosphère intellectuelle de son époque - les années 70 - ne change rien à la question de fond. Jean Raspail s'est défendu à plusieurs reprises d'avoir voulu écrire un roman prophétique - «C'est une sorte de symbole ou de parabole», insiste-t-il encore dans son entretien avec Christian Authier (voir Textes divers et entretiens). « En revanche», poursuit-il, «ce qui reste important dans ce roman ce sont les réactions de l'Occident. [...] Il y a une espèce de paralysie de l'action et de la pensée car on ne peut pas s'opposer à des gens pauvres et affamés. C'est ça le thème. Il n'est ni chrétien ni charitable de s'opposer. Au nom de quoi? »

En ce sens, Le Camp des Saints dresse un constat - pessimiste, voire sinistre. Il ne tire aucune conclusion hâtive, ne milite pour rien ni pour personne sous couvert d'action romanesque, ne prône aucune théorie simpliste. Il part d'une idée perturbante, au sens propre du terme, qui, sous sa plume devient un fait dramatique, et contemple, tantôt avec un certain détachement ironique, tantôt avec colère et dépit les conséquences, un peu à la manière de René Barjavel dans Ravage.

Cela dit, à un autre niveau Le Camp des Saints fut aussi pour l'écrivain une manière de prendre congé d'un monde qui, dès lors, n'a plus affleuré dans ses romans que sous une forme constamment affligeante et, à ce titre, soigneusement tenu à distance, pour laisser place, au premier plan, à des individus en marge, qu'ils s'appellent Kandall et Jean Rudeau (Septentrion) Antoine de Tounens, Salvator de Orth (Les Yeux d'Irène) ou bien encore Benoît (L'Anneau du Pêcheur), tandis que dans les Sept Cavaliers..., il fit accomplir à la Vie une ultime traversée du monde, avant qu'Elle ne se perde dans les brumes d'un improbable horizon... L'horizon perdu du Camp des Saints.

© Philippe Hemsen

EXTRAITS

Le vieux professeur eut une pensée ordinaire. Il avait trop lu, trop réfléchi, trop écrit aussi, familier comme il l'était de toutes les ficelles de l'esprit, pour oser pro­férer, même seul avec lui-même, en des circonstances aussi parfaitement anormales, autre chose qu'une bana­lité digne d'une copie d'élève de troisième. Il faisait beau. Il faisait chaud, mais pas trop, car un vent frais de printemps courait doucement et sans bruit à travers la terrasse couverte de la maison, l'une des dernières vers le haut de la colline, accrochée à flanc de rocher comme la sentinelle avancée du vieux village brun qui dominait toute la région jusqu'à la ville des touristes, en bas, jusqu'à la luxueuse avenue, au bord de l'eau, dont on devinait le faîte des palmiers verts et des rési­dences blanches, jusqu'à la mer elle-même, calme et bleue, mer de riches soudainement épluchée en surface de tout le vernis d'opulence qui la recouvrait habituellement - yachts chromés, skieurs musclés, filles dorées, ventres lourds étalés sur le pont de grands voiliers pru­dents - et sur cette mer vide, enfin, l'incroyable flotte rouillée venue de l'autre face de la terre, échouée à cinquante mètres du rivage et que le vieux professeur observait depuis le matin. L'épouvantable odeur de latrines, qui avait précédé l'apparition de cette flotte comme le tonnerre précède l'orage, s'était maintenant complètement dissipée. Éloignant l'œil d'une longue-­vue à trépied où l'incroyable invasion grouillait de façon si proche qu'elle semblait avoir franchi, déjà, les pentes de la colline et envahi la maison, le vieil homme frotta sa paupière fatiguée puis dirigea tout naturellement son regard vers la porte de sa maison. C'était une porte de chêne massif, une sorte de masse immortelle articulée sur des gonds de forteresse, où apparaissaient, gravés dans le bois sombre, le nom patronymique du vieux monsieur et l'année qui vit l'achèvement de la maison par un aïeul en ligne directe : 1673. Elle faisait commu­niquer, de plain-pied, la terrasse et la pièce principale, à la fois salon, bibliothèque et bureau. Elle était la seule porte de la maison, car la terrasse donnait direc­tement sur la ruelle par un petit escalier à cinq marches, libre de toute clôture et que chaque passant pouvait escalader à sa guise, à la mode du village, s'il lui prenait envie d'aller saluer le propriétaire. Chaque jour, de l'aube à la nuit, cette porte restait ouverte et ce soir-là, alors que le soleil amorçait son naufrage quotidien, elle l'était également et c'est justement ce que remarqua le vieil homme pour la première fois. Il eut alors ces quelques mots dont l'énorme banalité fit naître sur ses lèvres une sorte de sourire ravi : « Je me demande, se dit-il, si, en cette occurrence, il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée?... »

De ces nuits très anciennes, il ne restait au professeur que de vagues sensations sans regrets. Mais des repas qui les suivirent, repas de fortune, engloutis à deux, ici même, il avait conservé une mémoire très exacte : pain gris en larges tranches fines, jambon noir de la mon­tagne voisine, fromage sec des chèvres du village, olives des vergers en terrasses, abricots du jardin, confits par le soleil et vin un peu âpre des coteaux rocailleux. Tout existait encore dans la maison, à portée de la main : le pain dans la huche au couvercle gravé d'une croix, les olives dans un grand pot de grès, le jambon pendu aux solives de la cuisine, le vin et le fromage au frais sous l'escalier extérieur, rangés comme des livres sur des rayonnages obscurs. Et tout cela fut rassemblé très vite et disposé sur la grande table épaisse. Le bouchon de la bouteille résista un instant, mais le bruit familier qu'il fit en cédant brusquement emplit toute la pièce d'une joie charnelle. Alors le professeur se prit à penser qu'une fois encore, ce soir, il célébrait l'amour.

  Il se servit un large verre pour la soif et un autre pour le goût, conscient du superflu et s'en pourléchant avec un rien d'ostentation. Il coupa le jambon en tranches minces qu'il aligna joliment sur un plat d'étain, arrangea quelques olives, posa le fromage sur une feuille de vigne, les fruits dans un grand panier plat, puis il s'assit devant son souper et sourit, heureux. Il aimait. Comme tout amant comblé, il se retrouvait seul avec celle qu'il aimait. Ce soir-là, ce n'était pas une femme, ni même un être vivant, mais une sorte de projection de lui-même faite d'images innombrables auxquelles il s'identifiait. La fourchette d'argent, par exemple, aux dents usées, avec les initiales presque effacées d'une aïeule maternelle, un objet tout à fait étrange si l'on songe que l'Occident l'inventa par souci de dignité alors que le tiers des hommes plongent encore leurs mains dans ce qu'ils mangent. Le verre, cristal inutile, on en aligne quatre pour quoi faire ? Fallait-il vulgairement ne plus aligner de verres parce que le Sertao mourait de soif ou que l'Inde avalait le typhus avec la boue de ses puits taris ? Les cocus peuvent frapper à la porte, menacer, se venger, en amour on ne partage pas et l'on se moque du reste du monde : en fait, il n'existe pas. Les cocus du bonheur s'avançaient par milliers? Parfait ! Le professeur aligna quatre verres et déplaça la lampe pour mieux les éclairer : il en jaillit des étoiles. Plus loin, un bahut paysan, énorme, massif, intransportable, quatre siècles de certi­tude héréditaire comme disait le jeune homme et dans ce bahut, tant de linge accumulé, nappes, serviettes, draps, taies, torchons, lin inusable, fil d'autre temps, en piles si épaisses, serrées, extérieures, cachant d'autres trésors domestiques parfumés de lavande, que le pro­fesseur ne se souvenait pas avoir jamais eu recours aux piles intérieures que sa mère ou sa grand-mère avaient rangées là, il y avait si longtemps, ne distrayant au profit de leurs pauvres - les chères femmes au bon cœur si prudent ! Charité débridée n'est-elle pas d'abord péché contre soi-même? - que le linge usagé, honnêtement rapiécé mais pouvant encore servir. Puis les pauvres étaient devenus trop nombreux. C'est-à-dire qu'on ne les connaissait pas. Ils n'étaient pas d'ici. Ils n'avaient plus de noms. Ils envahissaient tout, ils devenaient trop malins. Ils pénétraient dans les familles, les maisons, les villes. Par milliers ils se frayaient passage de mille façons infaillibles. Par les boîtes aux lettres, ils appe­laient au secours, leurs photos épouvantables jaillissaient chaque matin d'une enveloppe et revendiquaient au nom de collectivités. Ils se glissaient partout, par les journaux, la radio, les églises, les factions, on ne voyait plus qu'eux, des nations entières qui n'avaient même plus besoin de linge mais de comptes chèques postaux, hérissées d'appels déchirants, presque comminatoires. Il y eut pire. A la télévision, voilà qu'ils s'étaient mis à bouger, on les voyait mourir par milliers, l'hécatombe anonyme devenait spectacle permanent, avec ses chantres professionnels et ses meneurs de jeu. La terre était envahie par les pauvres. Le remords s'installait partout, le bonheur devenait une tare et que dire du plaisir ? Même au village de Calguès, donner un peu de linge propre, de la main à la main, était pris comme une in­sulte. Bref, on ne se sentait même plus meilleur en don­nant, mais au contraire diminué, honteux. Alors le professeur avait fermé définitivement au monde ses armoires, bahuts, cave et garde-manger, le jour même, il s'en souvenait fort bien, où le précédent pape avait bradé le Vatican.

Il est rare que les mouvements de foule spontanés ne soient pas, en fait, plus ou moins manipulés. Et l'on imagine aussitôt une sorte de chef d'orchestre tout-­puissant, grand manipulateur en chef tirant sur des milliers de ficelles dans tous les pays du monde et secondé par des solistes de génie. Il semblerait que rien n'est plus faux. Dans ce monde en proie au désordre de l'esprit, certains parmi les plus intelligents, généreux ou pernicieux, s'agitent spontanément. C'est leur façon à eux de combattre le doute et de s'échapper d'une condition humaine dont ils refusent l'équilibre sécu­laire. Ignorant ce que réserve l'avenir, ils s'y engagent néanmoins dans une course folle qui est une fuite en avant et, sur leur chemin, font sauter toutes les voies de repli, celles de la pensée, évidemment. Ils tirent chacun les propres ficelles liées aux lobes de leurs cer­veaux et c'est précisément là que réside le mystère contemporain : toutes ces ficelles se rejoignent et pro­cèdent, sans concertation, du même courant de pensée. Le monde semble soumis, non pas à un chef d'orchestre identifié, mais à une nouvelle bête apocalyptique, une sorte de monstre anonyme doué d'ubiquité et qui se serait juré, dans un premier temps, la destruction de l'Occident. La bête n'a pas de plan précis. Elle saisit les occasions qui s'offrent, la foule massée au bord du Gange n'étant que la dernière occasion en date et sans doute la plus riche de conséquences. Peut-être est-elle d'origine divine, plus certainement démoniaque ? Ce phénomène peu vraisemblable, né il y a plus de deux siècles, a été analysé par Dostoïevski. Il l'a été aussi par Péguy, sous d'autres formes, dans sa dénonciation du « parti intellectuel ». Et encore par l'un de nos pré­cédents papes, Paul VI, ouvrant enfin les yeux au déclin de son pontificat et reconnaissant l'œuvre de Satan. Rien n'arrête la bête. Chacun le sait. Ce qui engendre, chez les initiés, le triomphalisme de la pensée, tandis que ceux qui luttent encore en eux-mêmes sont saisis par l'inutilité du combat. Archange déchu, Ballan reconnut aussitôt les serviteurs de la bête et leur offrit ses services. C'est aussi une explication.

Jubilation. Les vrais amateurs de traditions sont ceux qui ne les prennent pas au sérieux et se marrent en marchant au casse-pipe, parce qu'ils savent qu'ils vont mourir pour quelque chose d'impalpable jailli de leurs fantasmes, à mi-chemin entre l'humour et le radotage. Peut-être est-ce un peu plus subtil : le fantasme cache une pudeur d'homme bien né qui ne veut pas se donner le ridicule de se battre pour une idée, alors il l’habille de sonneries déchirantes, de mots creux, de dorures inutiles, et se permet la joie suprême d'un sacrifice pour carnaval. C'est ce que la Gauche n'a jamais compris et c'est pourquoi elle n'est que dérision haineuse. Quand elle crache sur le drapeau, pisse sur la flamme du souvenir, ricane au passage des vieux schnoques à béret et crie « woman's lib ! » à la sortie des mariages en blanc, pour ne citer que des actions élémentaires, elle le fait d'une façon épouvan­tablement sérieuse, «conne » dirait-elle si elle pouvait se juger. La vraie Droite n'est pas sérieuse. C'est pour­quoi la Gauche la hait, un peu comme un bourreau haïrait un supplicié qui rit et se moque avant de mourir. La Gauche est un incendie qui dévore et consume som­brement. En dépit des apparences, ses fêtes sont aussi sinistres qu'un défilé de pantins à Nuremberg ou Pékin. La Droite est une flamme instable qui danse gaiement, feu follet dans la ténébreuse forêt calcinée.

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http://jeanraspail.free.fr

Last edited by LouSomPau (02-12-2010 15:57:41)

#2 06-12-2010 16:16:58

DiMarcello
Guest

Re: Jean Raspail

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Jean Raspail
Sept cavaliers

Jean Raspail - Sept Cavaliers.pdf
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...quittèrent la Ville au crépuscule, face au soleil couchant, par la porte de l'Ouest qui n'était plus gardée. Tête haute, sans se cacher, au contraire de touts ceux qui avaient quitté la cille, car ils ne fuyaient pas, ils ne trahissaient rien, espéraient moins encore et se gardaient d'imaginer. Ainsi étaient-ils armés, le cœur et l'âme désencombrés scintillant froidement comme du cristal, pour le voyage qui les attendait. Sur ordre du margrave héréditaire, simplement, ils allaient, ils s'étaient mis en mouvement et le plus jeune d'entre eux, qui n'avait pas seize ans, fredonnait une chanson...




EXTRAITS...

Le margrave ouvrit la vitrine et choisit une marionnette qui le représentait lui-même en uniforme de colonel du régiment de cavalerie. Il la fit jouer un instant au bout de ses fils.

- Il y a des moments où je me demande, dit-il, quel est le vrai côté de ma vie. Là, dans cette vitrine, au milieu d'un peuple qui m'est attaché, qui me ressemble et partage avec moi les mêmes rêves ? Ou bien quand je tente de gouverner en m'accommodant de la vérité ? Le vrai Welf
III, Silve, c'est celui-là (et la marionnette, habilement manipulée, salua). Voilà pas mal de temps que je le sais. J'espère que vous le retrouverez en rentrant, ainsi que ses fidèles sujets. L'autre n'est plus qu'une apparence. Il n'y a qu'à voir le résultat.

- En rentrant? Pourquoi en rentrant? demanda Silve.

- Parce que vous allez partir dès maintenant, monsieur le colonel-major. Vous allez quitter cette ville. La vie s'est presque retirée de nous. Elle est bien passée quelque part. La terre n'a pas cessé de tourner. Le soleil n'a pas cessé de se lever. Il faut aller voir au-delà de ce que nous savons et au-delà de ce que nous ne savons pas. A l'intérieur de notre propre pays, d'abord, et aussi hors de nos frontières. A quoi ressemble ce qui nous entoure ? Quelle est la signification de tout cela ? Il ne serait pas digne de cette ville d'attendre passivement le dénouement sans tenter une sortie. C'est l'ordre que je vous donne.

- Mais vous-même, monseigneur?

- Moi, je n'en ai pas envie. Je vais rentrer dans ma vitrine. Vous avez encore l'âge de l'espérance, Silve. Partez le plus tôt possible. Arrachez-vous à ce désastre.

- Dois-je partir seul?

- Ce n'est pas une fuite. C'est une expédition. Comme au temps des grandes découvertes. Vous commanderez. Désignez six compagnons. J'approuve à l'avance vos choix.

- Pourquoi six?

- Parce qu'il reste dans mes écuries sept chevaux frais et vigoureux. Pas un de plus. Je vous les donne. Un conseil, Silve. Emmenez l'évêque. Il sera plus utile dehors que dedans. Si je dois mourir, je m'arrangerai seul avec Dieu. Nous en sommes tous là. Prenez aussi mes deux petits lieutenants, Tancrède et Bazin du Bourg. Leur dévouement me fait pitié. Je vois leurs vingt ans se dessécher sur pied. Et puis la jeunesse me fait horreur malgré moi. Elle n'est que mystère et reproche caché. Je ne veux plus être entouré que de vieux. Wilbur et Biron conviennent au temps que je vais vivre à présent. Nous affecterons d'exister tous les trois et ça durera ce que ça durera. Nos singeries nous maintiendront en vie jusqu'à ce que, peut-être, vous reveniez. Revenez, je vous prie, Silve.


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C'est alors que Silve fut frappé par l'extraordinaire perfection sauvage de ces lieux.

Deux pics jumeaux flanquaient de part et d'autre le col du Nord, tours cuirassées de neige gelée, polies par les vents comme un miroir où étincelait le soleil. Recouvert de lichen vert sombre, le haut plateau ressemblait à un océan d'où émergeaient comme des îles magiques quelques rochers noirs isolés. Tout cela d'une pureté glacée, à l'image d'une vierge frigide insensible à la chaleur de la vie, et Silve se prit à penser que le brigadier Vassili, enseveli au milieu de cette majesté glacée, n'était peut-être pas mort pour rien. Que Dieu existe ou non, l'âme d'un chrétien mort irradie, et c'est pour cela que les pays chrétiens, par le poids de leurs milliards de défunts enfouis dans la terre depuis tant de siècles, offrent une douceur incomparable quelle que soit la rudesse de la nature. Vassili et son capitaine, mort lui aussi au col du Nord... Deux âmes ne font pas le printemps, mais tandis que Silve de Pikkendorff songeait, le paysage devenait imperceptiblement moins pesant, moins oppressant.

Lui revint un léger quatrain de Wilhelm Kostrowitsky que de jeunes aspirants romantiques récitaient naguère, un peu ivres, au mess du régiment de cavalerie :

Les anges les anges dans le ciel
L'un est vêtu en officier
l'un est vêtu en brigadier
Et les autres chantent...


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Alors que s'était-il passé? La réponse ne tarda pas. Silve la lisait en lui-même.

Qu'avait donc écrit Osmond, l'évêque, à la première page de son calepin noir, à propos des sept cavaliers quittant la Ville au crépuscule, tête haute, sans se cacher, car ils ne fuyaient pas, ils ne trahissaient rien, espéraient moins encore...? C'était cela: l'espérance! Ils avaient cru tuer l'espérance, ils en avaient vidé leur âme comme on expulse un air vicié pour respirer enfin plus à l'aise, sans passé et sans avenir, sans mémoire, à l'exemple du chevalier de Dürer, éternel et inexpugnable, et voilà que l'espérance les avait ignoblement rattrapés, qu'elle était venue se rappeler à eux sous la forme de cette malheureuse fleur qui pourtant expirait sous leurs yeux et qu'ils en avaient célébré le symbole comme un assoiffé, dans le désert, découvrant une source et remerciant son créateur... Voilà ce qui leur était arrivé. Est-ce que cela ne leur suffisait pas qu'ils eussent chacun, au fond du cœur, une secrète espérance cachée ? Quel besoin avaient-ils ressenti, venu d'où, et de quelle façon, de s'en trouver une autre en commun à propos d'un détail infime, à propos de rien, c'est-à-dire à propos de tout, l'Espérance avec un grand E, l'insondable vertu d'espérance qui accompagne l'homme dès sa naissance et qui lui colle à la peau comme une illusoire cuirasse ? Elle les avait saisis par surprise. Peut-être ne les lâcherait-elle plus, à moins que la nuit ne l'emportât, comme elle emporte tant de choses. Silve pesta contre lui-même. Il s'était fait avoir comme un bleu... Il songea au cadet Vénier. Un bloc de pierre, ce garçon. A peine seize ans, et, déjà, d'une souveraine insensibilité. Au moins le plus jeune d'entre eux avait-il échappé au piège. Là-dessus Pikkendorff s'endormit.

#3 26-10-2013 00:18:07

Lou Som Pau II
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Re: Jean Raspail

Jean Raspail
Notre civilisation est en train de disparaître



Raspail Jean - Notre civilisation est en train de disparaître.pdf
http://www.balderexlibris.com/index.php … isparaitre
http://www.histoireebook.com/index.php? … isparaitre



Par Pauline Quillon, Fabrice Madouas



Que vous inspire la situation actuelle ?

Vous savez, je n’ai guère envie de me joindre à la grande ronde des intellectuels qui passent leur temps à débattre de l’immigration… J’ai l’impression que ces colloques ne servent à rien. Le peuple sait déjà toutes ces choses, intuitivement : que la France, telle que nos ancêtres l’ont façonnée depuis des siècles, est en train de disparaître. Et qu’on amuse la galerie en parlant sans cesse de l’immigration sans jamais dire la vérité finale. Une vérité d’ailleurs indicible, constatait mon ami Jean Cau, car celui qui la proclame est immédiatement poursuivi, condamné puis rejeté. Richard Millet s’en est approché, voyez ce qui lui est arrivé !

On dissimule aux Français la gravité du problème ?

Oui. À commencer par les dirigeants politiques ! Publiquement, “tout va très bien, Madame la marquise”. Mais, la porte fermée, ils reconnaissent que “oui, vous avez raison : il y a un vrai problème”. J’ai sur ce sujet des lettres édifiantes de hauts responsables de gauche, de droite aussi, à qui j’avais envoyé le Camp des saints. “Mais vous comprenez : on ne peut pas le dire…” Ces gens-là ont un double langage, une double conscience. Je ne sais pas comment ils font ! Je pense que le désarroi vient de là : le peuple sait qu’on lui cache les choses. Aujourd’hui, des dizaines de millions de gens ne partagent pas le discours officiel sur l’immigration. Ils ne croient aucunement que ce soit une chance pour la France. Parce que le réel s’impose à eux, quotidiennement. Toutes ces idées bouillonnent dans leur crâne et ne sortent pas.

Vous ne croyez pas possible d’assimiler les étrangers accueillis en France ?

Non. Le modèle d’intégration ne fonctionne plus. Même en admettant qu’on reconduise un peu plus de clandestins à la frontière et qu’on réussisse à intégrer un peu plus d’étrangers qu’aujourd’hui, leur nombre ne cessera pas de croître et cela ne changera rien au problème fondamental : l’envahissement progressif de la France et de l’Europe par un tiers-monde innombrable. Je ne suis pas prophète, mais on voit bien la fragilité de ces pays, où s’installe une pauvreté insupportable et sans cesse croissante à côté d’une richesse indécente. Ces gens-là ne se retournent pas vers leurs gouvernements pour protester, ils n’en attendent rien.

Ils se tournent vers nous et arrivent en Europe par bateaux, toujours plus nombreux, aujourd’hui à Lampedusa, ailleurs demain. Rien ne les en décourage. Et par le jeu de la démographie, dans les années 2050, il y aura autant de jeunes Français de souche que de jeunes étrangers en France.

Beaucoup seront naturalisés.

Ce qui ne signifie pas qu’ils seront devenus français. Je ne dis pas que ce sont de mauvaises gens, mais les “naturalisations de papier” ne sont pas des naturalisations de cœur. Je ne peux pas les considérer comme mes compatriotes. Il faudra durcir drastiquement la loi, en urgence.

Comment l’Europe peut-elle faire face à ces migrations ?

Il n’y a que deux solutions. Soit on essaie de s’en accommoder et la France — sa culture, sa civilisation — s’effacera sans même qu’on lui fasse des funérailles. C’est à mon avis ce qui va se passer. Soit on ne s’en accommode pas du tout — c’est-à-dire que l’on cesse de sacraliser l’Autre et que l’on redécouvre que le prochain, c’est d’abord celui qui est à côté de soi. Ce qui suppose que l’on s’assoit quelque temps sur ces « idées chrétiennes devenues folles », comme disait Chesterton, sur ces droits de l’homme dévoyés, et que l’on prenne les mesures d’éloignement collectif et sans appel indispensables pour éviter la dissolution du pays dans un métissage général. Je ne vois pas d’autre solution. J’ai beaucoup voyagé dans ma jeunesse. Tous les peuples sont passionnants mais, quand on les mélange trop, c’est bien davantage l’animosité qui se développe que la sympathie. Le métissage n’est jamais pacifique, c’est une utopie dangereuse. Voyez l’Afrique du Sud !

Au point où nous en sommes, les mesures que nous devrions prendre seraient forcément très coercitives. Je n’y crois pas et je ne vois personne qui ait le courage de les prendre. Il faudrait mettre son âme en balance, mais qui est prêt à ça ? Cela dit, je ne crois pas un instant que les partisans de l’immigration soient plus charitables que moi : il n’y en a probablement pas un seul qui ait l’intention de recevoir chez lui l’un de ces malheureux… Tout cela, c’est de la frime émotionnelle, un maelström irresponsable qui nous engloutira.


http://www.valeursactuelles.com
http://www.valeursactuelles.com/jean-ra … 31023.html

Last edited by LouSomPauII (26-10-2013 00:20:41)

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#4 05-12-2013 02:24:33

Lou Som Pau II
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Re: Jean Raspail

Jean Raspail, the author of Camp of the Saints, in an interview from the current issue of the French Magazine Valeurs Actuelles :

What do you feel about the current situation ?

    You know, I’ve no wish to join the big group of intellectuals who spend their time debating immigration… I have the impression that these talks serve no purpose. The people already know it all, intuitively: that France, as our ancestors fashioned it centuries ago, is disappearing. And that we keep the gallery amused by talking ceaselessly of immigration without ever saying the final truth. A truth that is moreover unsayable, as my friend Jean Cau noted, because whoever says it is immediately hounded, condemned then rejected. Richard Millet came close to it, look what happened to him! [See here for more on this].

Is the seriousness of the problem being kept from the French people ?

    Yes. Starting with the politicians in charge first of all! Publicly “everything’s going well, Madame Marquessa”. But behind closed doors, they acknowledge that “yes, you’re right: there is a real problem”. I have several edifying letters on this subject from prominent leftist politicians, from those on the right too, to whom I sent the Camp of the Saints. “But you understand: we can’t say it …” These people have a double language, a double conscience. I don’t know how they do it! I think the distress comes from there: the people know that things are being hidden from them. Today, tens of millions of people don’t buy into the official discourse on immigration. Not one of them believes that it is an opportunity for France “une chance pour la France”. Because reality imposes itself on them, every day. All of these ideas boil in their heads and don’t come out.

You don’t believe it’s possible to assimilate the foreigners welcomed into France ?

    No. The model of integration isn’t working. Even if a few more illegals are escorted to the border and we succeed in integrating foreigners a bit more than today, their numbers will not stop growing and that will change nothing in the fundamental problem: the progressive invasion of France and Europe by a numberless third-world. I’m not a prophet, but you see clearly the fragility of these countries, where an unbearable poverty is established and grows ceaselessly alongside indecent wealth. Those people don’t turn to their governments to protest. They expect nothing of them.

    They turn to us and arrive in Europe in boats, ever more numerous, today in Lampedusa, tomorrow elsewhere. Nothing discourages them. And thanks to the demography game, by the 2050s, there will be as many young indigenous French as there are young foreigners in France.

    Many will be naturalised.

    Which doesn’t mean they’ll have become French. I don’t say these are bad people, but “naturalisations on paper” aren’t naturalisations of the heart. I cannot consider them my compatriots. We need to drastically toughen the law, as a matter of urgency.

How can Europe deal with these migrations ?

    There are only two solutions. Either we accommodate them and France – its culture, its civilisation — will be erased without even a funeral. In my view, that’s what’s going to happen. Or we don’t accommodate them at all – that means stop sacralising the Other and rediscover your neighbour, that means those next to you. Which means that we stop giving a damn sometime about these “Christian ideas gone mad”, as Chesterton said, or these depraved human rights, and that we take the indispensable measures to distance ourselves, without appeal, to avoid the dissolution of our country into a general métissage [literally race-mixing but used as a sort of equivalent of the English diversity]. I don’t see any other solution. I travelled a lot in my youth. All peoples are fascinating but when you mix them too much, it is much more animosity that develops than sympathy. Métissage is never peaceful. It is a dangerous utopia. Look at South Africa!

    At the point where we are now, the measures we would have to take would necessarily be very coercive. I don’t believe it will happen and I don’t see anyone who has the courage to do it. They would need to put their soul in the balance, but who is ready for that? That said, I don’t believe for an instant that the supporters of immigration are more charitable than me: there probably isn’t a single one of them who intends to welcome one of these unfortunates into his home… all of that’s just an emotional pretence, an irresponsible maelstrom that will engulf us.

Is there therefore no solution other than submission or coercion ?

    There could perhaps be one, but it will only have one chance: isolates where a population that is ethnically and culturally threatened by other communitarianisms could find refuge. Besides, it’s already happening: we can see already that the French “de souche” [indigenous] are fleeing the so-called “sensitive” districts. The demonstrations against homosexual marriage are also a form of communitarianism: they testify to the rejection by millions of French people to the “change of civilisations” promised by the Left and by Christiane Taubira. Today, everyone condemns communitarianism, but it could be a solution, at least temporarily. These opposed communitarianisms will reinforce themselves mutually by the animosity they will convey and that will end, finally, in extremely severe confrontations. Even if we don’t need to wish that adversity occurs.

You don’t believe in a sudden new beginning, as has occurred many times in the history of France ?

    No. It would require an epic spirit, an appreciation of an elevated destiny for a sudden new beginning to be possible in France. It would require people to still believe in their country. I don’t see many of them left. At least reforming from top to bottom the national education system and the audio-visual media, taking away the platform from the teachers and the journalists who are participating in the disinformation… We have desacralised the idea of the nation, the exercise of power, the past of the country. We have put cracks in the statue of France, we have disfigured it (expecially the Left!) to the point where nothing inspires respect any more. The power of the false ideas disseminated by the national education system and the media is boundless. But as for me, I have lived in France for 1500 years, I’m OK with what is mine, and I’ve no desire for it to change…

southernorder.wordpress.com

Last edited by LouSomPauII (05-12-2013 02:25:18)

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